Le ciffop dans la presse

J'ai testé pour vous... le coaching 2.0

Vendredi, 21 Octobre, 2011

Se faire coacher par avatars interposés dans Second Life, ça vous tente ? Michel Marchand, coach et enseignant, nous propose de découvrir les possibilités offertes en ce domaine par le monde virtuel. Concluant ? Faut voir !

Rendez-vous est pris au deuxième étage d'un élégant complexe. On pénètre dans une belle salle de réunion, avec parquet chêne clair et grande baie vitrée. L'aménagement est minimaliste : une photo de paysage au mur et quelques coussins colorés sur une banquette noire. Michel Marchand nous invite à prendre place dans l'une des trois chaises disposées au centre de la pièce. Un dernier clic de souris et la séance peut commencer.

'Rien de ce que l'on voit n'existe vraiment, explique ce dernier. Mais bien que ce cadre soit virtuel, il est possible d'établir une vraie relation entre deux individus, et cela suffit au coaching !' Depuis un an, le coach enseignant 'reçoit' sur Second Life. Pourquoi pas ? Ce lieu de rencontre virtuel et en 3D, créé en 2003, est ouvert à tous. 'Je ne suis pas un 'geek', juste un professionnel qui s'interroge sur son métier, commente le coach. Cet espace ouvre de nouvelles possibilités. BNP et L'Oréal ont déjà testé le recrutement sur Second Life. L'intérêt, pour un coach, est d'abord abroger les distances, de limiter les temps de déplacement et d'atteindre des cadres expatriés par exemple. Mais c'est aussi une réflexion globale : la relation 'one to one' avec le coaché est-elle forcément la meilleure ?'

Echanger « pour de vrai »

Pas sûr. Pour confirmer son intuition, Michel Marchand s'appuie sur des études du CIFFOP, le Centre interdisciplinaire de formation à la fonction personnel de l'université Paris II, où il est aussi enseignant. Depuis un an, il analyse, avec ses étudiants, les avantages et les contraintes de cette démarche. Il a également coaché quatre clients sur Second Life pour comparer les résultats obtenus. L'expérience est étonnante.

Pendant une séance à laquelle nous avons pu assister, deux avatars conversent librement d'une problématique classique. La cliente - qui se présente en ligne sous les traits d'une jeune femme blonde en jean - se plaint de faire le travail de son supérieur hiérarchique. Michel Marchand - qui a choisi un avatar neutre qui lui ressemble - la questionne comme il le ferait face à face. Les deux voix, grâce à l'usage de micro-casques, échangent clairement. Etrangement, on s'y croirait. On se projette, même. Les deux interlocuteurs confirment. « Sur Second Life, l'impression de présence s'explique par l'activité de nos neurones miroirs, explique le coach. C'est comme quand on regarde un parachutiste sauter. On comble instinctivement l'espace entre les mondes réel et virtuel.'

Attention aux contraintes techniques

Outre le gain de temps, les premiers coachés interrogés soulignent la relation très égalitaire qui s'instaure avec le coach ; purement basée sur l'écoute mutuelle et dénuée d'a priori lié au physique. Ils apprécient aussi la souplesse et le côté ludique de la démarche. Grâce à une deuxième chaise virtuelle à leur disposition, ils peuvent se lever, bouger et mimer les attitudes d'un collaborateur qui pose problème. En revanche, les deux parties insistent sur les contraintes techniques liées à l'exercice. 'Même si ce n'est pas très compliqué, le coaché doit savoir naviguer dans Second Life, concède Michel Marchand. Il faut aussi s'enfermer dans une pièce seul, avec une connexion internet fiable et une configuration minimale sur son ordinateur.'

Le coach va renouveler l'expérience à plus grande échelle cette année avec ses étudiants. Il prévoit, à terme, de prendre ses quartiers sur le net, sans pour autant abandonner le monde réel. Les tarifs, établis sur devis, resteront inchangés. 'Pour moi, tant que la confidentialité et les paramètres techniques sont respectés, cela reste une rencontre concluante. Même dans un monde virtuel...'

Céline Chaudeau Cadremploi.fr